La société française, comme de nombreuses autres, connaît un vieillissement de sa population ainsi qu’une évolution vers une désinstitutionalisation de cette dernière, provenant notamment d’un souhait des personnes âgées de rester à leur domicile. Concernant les personnes souffrant de handicap ou d’un trouble psychique c’est principalement le manque de place en institution qui est la cause du maintien à domicile. Cette désinstitutionnalisation souhaitée ou subie fait porter la charge de l’aide principalement sur les proches, cette charge peut être, là aussi, choisie ou subie. En cette journée nationale des proches aidants, je vous propose d’aborder ce statut qui peut nous concerner tous à un moment ou un autre.
Qu’est-ce qu’un proche aidant ?
Le nombre de proches aidants en France est estimé à près de 9 millions de personnes âgées de 16 ans ou plus (DREES, 2022). Il est probable que ce chiffre se situe en dessous de la réalité, certaines personnes se positionnant comme répondant à un devoir d’assistance auprès de leur proche plutôt qu’à un statut de proche aidant.
Un proche aidant est défini comme une personne aidant un individu appartenant à son entourage à domicile pour des raisons de santé ou de handicap. Il peut d’agir d’un(e) conjoint(e), d’un parent, d’un enfant, un frère, une sœur…mais aussi un(e) voisin(ne), un(e) ami(e). Le proche aidant intervient régulièrement et fréquemment pour accomplir tout ou partie des actes de la vie quotidienne, fournir un soutien moral ou financier. Ces actes de la vie quotidienne pouvant être les courses, les démarches médicales (prises de rendez-vous, accompagnement aux rendez-vous), aides aux tâches administratives mais également les soins personnels (soins médicaux, toilettes).
La notion de proche aidant est apparue en France, et a commencé à être définie, dans les années 1980. Au départ, cette notion ne concernait que la cellule familiale avec l’aide apportée aux personnes âgées en perte d’autonomie. Progressivement, elle a été élargie avec l’intégration de l’aide apportée aux personnes malades ou en situation de handicap quel que soit l’âge. C’est au cours des années 2010, que la notion de proche aidant ne se limitera plus à la famille mais intégrera également une personne de l’entourage dont font partie les voisins, les amis…
Il est difficile de dresser un profil type du proche aidant tant par les variations en termes d’âge que de situation personnelle/professionnelle. Globalement la moitié des proches aidants a un âge compris entre 40 et 65 ans mais 10% ont moins de 28 ans et 10% plus de 75 ans. Pour les proches aidants en âge d’avoir un travail et/ou des enfants (78% sont concernés), les contraintes se cumulent. Il s’agit pour eux d’assurer les soins de leur proche tout en occupant un emploi et en s’occupant des enfants. Trois aidants sur dix accompagnent leur proche sans aucun autre co-aidant : ni proches, ni professionnels ou bénévoles.
Il est à retenir que 0,5% des proches aidants sont jeunes voire très jeunes c’est-à-dire moins de 25 ans. Il s’agit alors pour les plus jeunes d’entre eux de concilier leur rôle d’aidant et leur scolarité ou leurs études, ces jeunes ont des absences scolaires ou universitaires plus fréquentes que les autres. Ce rôle de proche aidant impacte également leur vie sociale. La notion de « jeune aidant » n’est apparue officiellement qu’en 2019 dans un rapport du Ministère des Solidarités et de la Santé et secrétariat d’Etat chargé des personnes handicapées.
Quels sont les chiffres concernant la santé physique et mentale des proches aidants ?
Comparée à celle de la population générale, la santé physique et mentale des proches aidants est davantage à risque. Les effets sont plus ou moins importants selon le degré de dépendance du proche aidé, selon la cohabitation ou non avec le proche aidé, selon le nombre d’aidants intervenants ainsi que selon la présence occasionnelle ou non de professionnels.
44 % des aidants déclarent que cette mission d’aidant est difficilement conciliable avec leur vie professionnelle, 43 % avec leur vie personnelle et familiale et 41 % avec leur vie sociale (baromètre CARAC, 2017)
A la question « Comment est votre état de santé générale ? », les aidants se déclarent moins souvent en bonne ou très bonne santé que le reste de la population générale (66% contre 72 chez les femmes et 67% contre 76 chez les hommes). Leur espérance de vie est également impactée puisqu’elle est estimée plus courte de 15 ans en moyenne. 30 % décèdent même avant la personne accompagnée. De plus, quand une personne aide un proche, la prise de médicaments augmente, ainsi que le signalement de douleurs (DREES, 2024).
Au niveau physique, sont mis en avant la fatigue physique, les troubles du sommeil, les problèmes de dos ou des palpitations. Au niveau médical, il est constaté que la survenue de maladies chroniques (arthrose, rhumatisme, hypertension artérielle, taux de cholestérol élevé), de maladies coronariennes, d’AVC (accident vasculaire cérébral) est plus élevée chez les proches aidants que dans la population générale. On constate également la présence d’hormones de stress avec des indices plus élevés là encore chez les proches aidants.
Au niveau mental, les proches aidants présentent une fatigue mentale, plus de symptômes dépressifs, de l’anxiété. On constate également une tendance à l’isolement social. Certains peuvent ressentir de la culpabilité ou présenter un sentiment d’échec lorsque le proche aidé est placé en institution.
Au niveau physique comme au niveau mental, les proches aidants ont tendance à prendre moins soin de leur santé d’autant plus que les cumuls de charges sont présents. Cette tendance est plus importante chez les femmes que chez les hommes. Cette prise de soin de soi peut concerner l’oubli de prise de leur propre traitement médical (occasionnellement ou fréquemment), l’oubli de rendez-vous médicaux ou leur report. Mais aussi l’arrêt d’activités en lien avec leur bien-être. Il est estimé que 40% des proches aidants sont en état de stress chronique.
Il est nécessaire cependant de nuancer l’aspect strictement négatif de la proche aidance car des émotions et sentiments positifs peuvent également être ressentis. Le sentiment d’utilité, le développement de compétences ou de la résilience peuvent compenser les effets du stress.
Comment accompagner les proches aidants ?
Laborde & al. (2022) ont identifié différents types d’interventions existant dans des pays de niveau similaire à la France dont l’efficacité a été étudiée selon une démarche scientifique. Toutes les interventions pouvaient avoir lieu en présentiel ou en distanciel (formation à distance, échanges en groupe, par téléphone) dans un suivi individuel ou en groupe. Il ressort de cette revue cinq types d’interventions.
Les interventions éducatives
Elles ont pour but d’éduquer au rôle d’aidant grâce à l’apport de connaissances et au développement de compétences.
Les connaissances apportées concernent aussi bien la personne aidée (éléments d’informations sur la pathologie, son évolution…) que l’aidant (aide à la communication, au positionnement par rapport à la maladie ou au handicap, importance de prendre soin de soi).
Les compétences peuvent porter sur des gestes professionnels : réalisation de la toilette, de certains soins, administration des médicaments….
Les bénéfices de ces interventions sont une diminution du niveau de stress du proche aidant, une confiance plus importante dans les capacités du proche aidant à accompagner son proche et de meilleurs soins procurés.
Les interventions en support social
Ces interventions vont permettre d’agir notamment contre l’isolement social dans lequel peuvent se retrouver les proches aidants. Leur objectif est d’élargir le réseau aussi bien formel composé de professionnels qu’informel composé de proches, de voisins, d’autres proches aidants sur lequel s’appuyer.
Ce type d’intervention permet de diminuer les risques ou les symptômes dépressifs et d’augmenter le lien social qui est fortement corrélé à une meilleure santé mentale.
Les interventions psychologiques
Elles peuvent être de deux types à savoir préventives ou curatives. Les interventions psychologiques préventives peuvent aider à accepter la situation, l’évolution de la pathologie voire le placement en institution à plus ou moins long terme.
Les interventions curatives vont soutenir l’aidant présentant des symptômes dépressifs, de l’anxiété, etc. Dans le cas de ces interventions curatives, le face à face avec le professionnel est indispensable.
Les interventions en activité physique
Elles sont variées et peuvent concerner aussi bien des sessions en salle que de la marche rapide en passant par le yoga, les étirements réalisés à domicile.
Si les effets se font rapidement sentir et sont nombreux (amélioration du sommeil, diminution du niveau de stress, baisse de la pression artérielle, diminution du taux de dépression…), c’est la question du maintien sur le long terme qui se pose. Au vu des responsabilités qui sont les siennes, est-il envisageable pour l’aidant de sanctuariser ce moment de prise de soin de soi ?
Les interventions sur le répit
Ces dernières consistent à permettre au proche aidant de laisser pour quelques heures sont rôle d’aidant. Ces heures étant consacrées au soin de soi, à une activité professionnelle ou autre. Le besoin de répit est exprimé par 36% des proches aidants (DREES, 2026). Selon le rapport de la DREES, « les aides aux soins personnels (aider à manger ou boire, à se laver ou s’habiller…) et les aides à la mobilité (déplacements dans le domicile, lever et coucher du lit…) qui représentent des tâches physiques et techniques sont plus souvent associées à un besoin de répit que les aides aux tâches domestiques et organisationnelles (faire les courses, le ménage…) ». Parmi les personnes exprimant un besoin de répit, 49 % ne parviennent pas à en bénéficier dans des conditions jugées satisfaisantes : 35 % prennent des moments de pause mais jugés insuffisants et 14 % n’en prennent aucun.
Ce répit est possible soit grâce à des structures pouvant accueillir de quelques heures à quelques jours la personne aidée mais ce type de solution est minoritaires (21%) soit grâce à la venue à domicile d’un autre proche aidant ou d’un(e) professionnel(le) dans 47% des cas.
Deux éléments sont à travailler, tout d’abord la méconnaissance de l’existence des dispositifs permettant ce répit et, ensuite, aider à déculpabiliser le proche aidant par rapport à ce temps pour lui. Un travail d’information est à mener tant sur les dispositifs que sur les bénéfices de ces temps de répit pour les proches aidés.
La combinaison de plusieurs types d’intervention ainsi que le suivi dans le temps produisent une efficacité plus grande et des bénéfices plus importants.
En ce 6 octobre ayons bien entendu une pensée pour tous les proches aidants mais ne les oublions pas le reste de l’année.
Sources :
Laborde, C., Bigossi, F. et Gremy, I. (2021). Proches aidants : qui sont-ils et que font-ils ? in Covid 19. Une crise sanitaire inédite, ADSP, 2021/4, n°116
Laborde, C., Bigossi, F. et Gremy, I. (2022). Santé des proches aidants et interventions de santé publique pour améliorer leur santé, ADSP, 2022/1, n°117
Toumelon, A. (2024). Perte d’autonomie : quels effets sur la santé des proches aidants ? Analyse à partir de l’enquête CARE-Ménages, Les dossiers de la DREES, 10/2024, n°122 : https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/sites/default/files/2024-10/DD122EMB.pdf
Verhagen, A. (2025). Trois aidants sur dix accompagnent seuls leur proche, six sur dix sont en activité ou étudiants, DREES, 12/2025, n°1358 : https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/publications-communique-de-presse/251217-ER-etudes-et-resultats/proches-aidants
Santé et besoin de répit des proches aidants : DREES : https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/communique-de-presse/etudes-et-resultats/260929_sante-et-besoin-de-repit-des-proches-aidants
6 chiffres pour bien comprendre la situation des aidants : Petits frères des pauvres : https://www.petitsfreresdespauvres.fr/sinformer/actualites/6-chiffres-pour-bien-comprendre-la-situation-des-aidants/


